Virus et Cancer

Près d'un cancer sur six dans le monde est associé à une infection.

Les infections, qu'elles soient causées par des bactéries, des parasites ou des virus, sont à l'origine de multiples maladies et, on le sait moins, de nombreux cancers. Une étude publiée en 2016 par la revue britannique The Lancet a évalué le poids des infections dans les cas de cancers [1]. Environ 2 millions de nouveaux cas de cancers seraient ainsi associés à une infection, soit environ 15% des cancers diagnostiqués dans le monde en 2012. Ces chiffres masquent toutefois une importante différence entre les pays développés, où les infections sont à l'origine de 9,2 % des cancers, et les pays en voie de développement où la part attribuable aux infections s'élève à 23,4 %, soit près d'un cancer sur quatre.

[1] Plummer et al. Global burden of cancers attribuable to infections in 2012 : a synthetic analysis. The Lancet 2016.

Quelles sont ces infections à l'origine de cancers ?

 

Différents micro-organismes (bactéries, parasites et surtout virus) sont responsables de cancers touchant différents organes. Parmi eux, on peut citer par ordre de fréquence, le cancer de l'estomac causé par la bactérie Helicobacter pylori, le cancer du col de l'utérus par les papillomavirus humains (HPV), l'hépatocarcinome (le cancer primitif du foie) par les virus des hépatites B et C, le cancer du nasopharynx par le virus d'Epstein-Barr (EBV), le sarcome de Kaposi par l'herpèsvirus humain type 8, la leucémie/lymphome T de l’adulte par le rétrovirus HTLV-1 et ou encore certains cancers de la vessie par le parasite Schistosoma haematobium.

Certains virus sont donc responsables de l'apparition de cancers selon des mécanismes complexes et variés. Actuellement 7 virus ont été identifiés comme associés à des cancers.

 

Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, on impute jusqu’à 20% des décès par cancer à des infections virales, notamment par le virus de l'hépatite B, C ou les papillomavirus humains (HPV).

Quels sont les mécanismes de la cancérogenèse virale ?

 

L'infection par l'un de ces virus oncogènes est fréquente. Toutefois, seule une petite partie des personnes infectées vont développer des cancers. Les virus oncogènes sont en effet des agents nécessaires mais pas suffisants pour développer un cancer. La présence de cofacteurs, qu'ils soient de nature environnementale, socio-économique, alimentaire ou encore génétique, est essentielle pour que l'infection des cellules par un virus oncogène déclenche leur transformation en cellules cancéreuses.

Dans la quasi-totalité de ces cancers, la cancérogenèse virale est un processus à long terme qui comporte de multiples étapes. Le délai entre l'infection primaire et le développement du cancer est fréquemment de plusieurs décennies.  

 

De plus, les mécanismes de cancérogenèse sont variés et parfois encore mal connus : certains virus sont directement oncogènes, via l'action d'une protéine produite par le virus qui aboutit à la transformation des cellules et à l'apparition d'un cancer, comme par exemple pour les HPV. Dans d'autres cas, il s'agit d'un mécanisme plutôt indirect. Il peut également arriver que le matériel génétique du virus soit intégré de façon définitive dans l'ADN de la cellule infectée comme dans le cas de l’HTLV-1, mais ce n'est pas le cas pour tous les virus.

La vaccination anti-virale

 

Le développement de vaccins pour prévenir l'infection virale permet donc de prévenir l'apparition des cancers associés. Ainsi, une campagne de vaccination contre quatre sous-types du HPV a été lancée il y a quelques années en France à destination des jeunes filles pour les protéger contre le risque de cancer du col de l'utérus. Grâce à une couverture suffisante, la population pourrait être ainsi protégée contre des souches de HPV responsables de 70 % des cas de cancers du col de l'utérus, ce qui pourrait faire à terme diminuer drastiquement l'incidence de ce cancer. Attention : la vaccination n’est pas efficace à 100% (en particulier pas de protection contre les autres types d’HPV potentiellement à haut risque) et ne dispense donc pas du dépistage du cancer du col par réalisation de frottis qui doit être impérativement poursuivie chez toutes les femmes vaccinées ou non.

Le vaccin anti-HPV est donc le 2e vaccin contre le cancer (le 1er étant le vaccin anti-HBV, contre le cancer du foie).

 

Pr. Anne-Geneviève MARCELIN

Laboratoire de Virologie

G.H. Pitié-Salpêtrière / Charles Foix

Paris

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